Lindos (***)

 

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Située à 56 km de Rhodes, Lindos est devenue le second lieu touristique de l'île et est classé depuis longtemps comme Monument historique. Dans ce village le plus pittoresque de l'île, aux maisons d'un blanc éclatant accrochées aux flans d'une colline couronnée d'une citadelle surplombant une baie profonde, on ne rencontre aucun véhicule dans ses ruelles étroites et ses maisons conservent leur architecture d'antan à la décoration typique de l'époque des Chevaliers de Saint Jean (XVème et XVIème siècles) malgré qu’elles soient équipées du confort moderne. Parmi ces demeures aux façades ciselées, plusieurs sont, par la richesse de leur mobilier ancien, de véritables petits musées. Une promenade dans ses étroites rues pavées permet de voir la beauté austère de l'architecture traditionnelle de l'île, et les ruelles tortueuses vous amènent imperceptiblement à l'acropole antique, témoin de l'histoire de cet endroit.

L'intérêt touristique de Lindos reste avant tout son rocher s'élèvant à 116 m au-dessus de la mer et son sommet formant un plateau triangulaire. Très difficile d'accès, seuls des escaliers côté nord permettent d'atteindre le bas des remparts du château construit par les Chevaliers et l'acropole. Les deux civilisations, hellénique et médiévale, s'y côtoient sans se nuire aucunement. Les vestiges des différents monuments méritent une visite attentive. Parmi eux notons ceux du château des Chevaliers de Saint Jean, de l'église byzantine d'Agiou Ioannou, du Mégali Stoa (grand portique) restauré, du temple d'Athéna construit au IVème siècle av. J.-C. (dont certaines colonnes ont été redressées), du théâtre antique et du temple de Dionysos. Le site a été restauré par les Italiens lors de leur domination de l'île.

 

Le site

Le site archéologique de Lindos se prolonge autour de l'acropole. Un monumental escalier donne accès au plus haut plateau de l'acropole où, tout de suite à droite, apparaissent les ruines du palais du Commandeur du château des Chevaliers, et, contigu à son mur sud, les restes de l'église byzantine de Saint-Jean. Devant vous des colonnes délimitent l'entrée du sanctuaire. Le mur de la stoa s'arrêtait derrière les 8 colonnes centrales pour donner une meilleure vue des escaliers montant aux propylées. C'est dans la première moitié du IIIe s. av. J.-C. que la zone sacrée du sanctuaire fut fermée par les propylées et les grands escaliers. Le corps principal était percé de 5 portes et précédé d'un portique dorique. Puis on entrait dans la cour du culte, encadrée de colonnes doriques sur trois côtés, ouvrant sur de petites chambres. Le temple d'Athéna est situé au fond, un peu sur la gauche. Construit au point le plus haut du rocher, il ferme la perspective en escalier, donnée par la stoa et les propylées épousant le mouvement ascendant du terrain. C’était un petit temple amphi prostyle (à deux portiques semblables) remontant IVe s. av. J.-C. L'interprétation de ces ruines est due aux archéologues danois Kinch et Blinkerberg qui entreprirent les fouilles au début de ce siècle. De l'acropole, la vue est saisissante.

 

L'histoire

Selon la légende (jamais confirmée par les fouilles), un culte pré-hellénique d'Athena Lindia avait lieu à l’emplacement de l’acropole vers 2500 av. J.-C. (âge néolithique). Dix siècles plus tard, les Achéens s'installent, mais il faut attendre le Xe s. av. J.-C. (période géométrique) et l'arrivée des Doriens pour que Lindos rivalise, puis dépasse les cités de Kamiros et de lalyssos. Ses habitants commerçaient avec Chypre et l'Égypte dès le VIIe s. av. J.-C. Dans la première partie du VIe s. av. J.-C., Kleoboulos, connu comme l'un des sept sages, gouverna pendant 40 ans sa cité très démocratiquement. Il améliora le sanctuaire de la déesse, renommée dans toute la Grèce pour ses miracles, construisit un temple plus grand et offra une couronne d'or à la statue en bois déjà existante. En 342 av. J.-C., le temple de Kleoboulos est ravagé par un incendie et les Lindiens le rebâtissent dans le style dorique avant d'ériger une nouvelle statue de la déesse. Ses nombreux miracles attirent les offrandes, mais seuls les piédestaux des statues offertes ont été conservés. Lindos reste le grand centre religieux de l'île bien longtemps encore après la fondation de Rhodes.

Beaucoup plus tard, à l'époque byzantine, un château est construit pour défendre le village. A leur arrivée, les Chevaliers le restaurent et le fortifient. C'est là que se réfugie le premier Grand Maître, Foulques de Villaret, avant de partir pour Avignon après avoir été déposé en 1317. Comme la cité de Rhodes, le château se rend à Soliman en 1522. Des fouilles ont été réalisées à Lindos entre 1900 et 1914 puis en 1952 par l'institut de Carlsberg (Danemark), dirigées dans un premier temps par Kinch et Blinkenberg et ensuite par E. Dyggve. Des restaurations ont été réalisées sous la domination italienne (1912-1945). Un côté du temple a été reconstitué comme une partie du long mur et trois des quatre colonnes de l’opisthodomos. L'escalier monumental du propylée et plusieurs des colonnes de la stoa hellénique sont des reconstructions postérieures. Une grande partie du travail a été effectué arbitrairement sans tenir compte de l'évidence des fouilles et sans garder les pièces architecturales authentiques. Ces dernières années une étude a été effectuée sous la surveillance des experts en matière d'Ephorate pour reconstituer les bâtiments antiques sur l'acropole.

 

L'exèdre

Au pied de l'escalier raide montant à la citadelle, se trouve la célèbre exèdre de Lindos (IIIème s.), une pierre héllenistique gravée représentant la poupe d'une trirème, ex-voto d’une bataille navale en 180 av. J.-C. Long de presque 5 m, il reproduit dans ses moindres détails une trimolia, embarcation communément utilisée à cette époque. Remarquez le piédestal où Agesandros, le héros de la mer, avait sa statue. Cet exèdre est une oeuvre sculptée par Pythokritès, l'auteur de la Victoire de Samothrace aujourd'hui exposée au musée du Louvre à Paris. On peut y voir également des marches de l'escalier antique.

Dans les environs nous trouvons une place destinée aux offrandes et les fondations d'un petit temple romain.

 

Le théâtre

Construit au IVème siècle av. J.-C. en dehors de l'acropole, il est situé du côté sud-ouest de la colline sous le temple d'Athena. L'orchestre circulaire et les gradins ont été creusés dans la colline. Les proedries, sièges honorifiques situés autour de l'orchestre et destinés aux fonctionnaires, sont toujours visibles. Les trois premières rangées étaient également réservées aux fonctionnaires et un muret les séparaient du reste du gradin. Le théâtre pouvait accueillir 1.800 spectateurs.

Dans le prolongement de la scène du théâtre se trouve un bâtiment dont les colonnes soutenaient un toit entourant une cour centrale en plein air. L'entrée du côté nord-ouest possédait un porche muni d’une rangée de colonnes supportant une architrave. Le bâtiment pouvait contenir 1500 à 1700 spectateurs et était destiné à des cérémonies religieuses. À une période postérieure l'endroit a été occupé successivement par trois églises chrétiennes.

 

Les temples

Dans une grotte, on adorait une déesse au 2ème millénaire av. J.-C. Au XIIe-XIe siècle (Doriens), un temple en bois dédié à Athena Lindia a été construit juste au-dessus de la grotte. Suite à un incendie en 342, nouveau temple a été érigé. De style dorique, c'est un édifice amphi prostyle tétrastyle (c’est à dire ayant un stoa composée de quatre colonnes sur chaque côté) assez bien conservé. Il se compose du pronaos, de la cella et d’un opisthodomos. À l'intérieur du temple se trouve la table des offres et la base de la statue d'Athena. Les colonnes de l’opisthodomos sont reliées par une balustrade et aurait servi de salle de trésor où était placé l'argent du temple et les navires sacrés. Le temple a été construit en pierre et recouvert de plâtre. La partie supérieure (architrave et corniche) était peinte. Au IIIème siècle av J.-C. le culte de Zeus Polieus a été instauré bien qu'Athena soit restée le déesse principale du sanctuaire. Lors de la période romaine le prêtre Aglochartos y a planté des oliviers et, selon une inscription, le sanctuaire de Psithyros a été construit près du temple d'Athena (IIème siècle).

 

Les vestiges hellénistiques

Le propylée du sanctuaire (IVème siècle av. J.-C.), escalier monumental, mène à une stoa et un mur à cinq ouvertures. Seules les fondations du propylée sont encore visible. Il était construit en forme de U sur le modèle du propylée de l'Acropole d'Athènes et avait la même orientation que le portique. Les ailes latérales de la stoa avaient des façades hexastyle (six colonnes) et étaient recouvertes d’un toit. Derrière chaque aile de la Stoa s’ouvrait une salle. La salle de l'aile occidentale était suivie de trois plus petites chambres et l’aile est par une seule. Elles étaient employées pour déposer les offres votives destinées à la déesse. Ces chambres s’ouvraient sur une cour intérieure peristyle avec un portique sur trois de ses côtés. On y trouvait un autel. Plus tard, vers l’an 200, le quatrième côté de la cour a été fermé par un portique ionique. Le propylée a également été construit en pierre et peint sur sa partie supérieure. Un escalier hellénistique menait au domaine archéologique principal de l'acropole. Tout près se trouvent les vestiges du palais du Gouverneur.

La stoa hellénique (IIIème siècle av. J.-C.) possède des façades tétrastyle. A l'opposé du temple, elle était en forme de U et s'ouvrait vers le Nord. Elle faisait 87 mètres de long pour 9 de large et de ses 42 colonnes, 20 sont toujours debout. Le mur de la stoa n'était pas continu mais laissait un espace de dix colonnes afin de pouvoir apercevoir l'escalier du propylée. Plus tard, l'esplanade devant le stoa a été prolongée et deux citernes souterraines ont été construites afin de rassembler l'eau de pluie du toit de la stoa et de l'escalier du propylée. Cette esplanade était soutenue par des arcades (Ier siècle av. J.-C.) encore nettement visible aujourd’hui.

L'acropole est entourée d’un mur hellénistique contemporain au propylée et l'escalier menant à l'entrée du site. C'est une construction soigneusement faite avec des joints verticaux et horizontaux. Un mur a protégé l'acropole après la guerre persane. Une inscription romaine mentionne que des réparations ont été faite aux dépens de P. Aelius Hagetor, le prêtre d'Athena (IIème siècle).

 

Les statues

Différents socles pour statues ont été découverts sur lesquels se tenaient une statue en bronze de Pamphylis (IIIème siècle av. J.-C.), prêtre de la déesse, accompagné de trois statues plus petites, des statues des membres de la même famille (Ier siècle av. J.-C.), de statues votives près de l'escalier menant à l'acropole et à d'autres lieux, comme pour les frères Lysistatos et Pythagoras et les prêtres d'Archokrates de la déesse (168-156 av. J.-C.), et, enfin, pour des statues de la famille impériale romaine : Tiberius, Drusus, Augustus et Germanicus (14-19 av. J.-C.).

 

Les éléments byzantins et médiévaux

Un grand escalier médiéval mène au palais du Gouverneur. Le château byzantin a été restauré en 1317 par les chevaliers de Saint Jean. Excepté quelques parties de la fortification byzantine, il ne reste rien de la période précédent cette reconstruction où ils apportèrent beaucoup de changements et améliorations. Des tours du palais du Gouverneur, il ne reste aujourd'hui qu’une tour à l’angle sud-ouest et une à l'ouest. C'est le 30 décembre 1522 que les occupants du château se sont rendus aux Turcs. Pendant les XVIème et XVIIème siècles, l'utilisation de canons a rendu nécessaire la construction de bastions aux trois coins du château. Un petit garnison turc occupant le château jusqu'en 1844, a mené à bien quelques travaux mineurs à caractère militaire. Actuellement il se compose de deux bâtiments (3 à l'origine) et a été rénové par la mission archéologique danoise pour servir de musée et ensuite par les Italiens.

Sur la terrasse de la grande stoa, sur les réservoirs taillés dans la roche et les magasins de stockage de l'acropole (Ier siècle av. J.-C.), se tiennent les vestiges de l'église Saint Jean de type cruciforme. La fin du XIème siècle a été suggérée comme date de sa construction, comme les XIIIème et XIVème siècles. Elle a apparemment été construite sur les ruines d'une église plus ancienne à en juger par les fragments architecturaux découverts sur l'acropole et datant du VIème siècle.

 

Les maisons du village

Les maisons en pierre, plâtrées et blanchies, possèdent généralement une cour intérieure et un toit plat. Elles peuvent être divisées en différentes classes: de simples maisons ressemblant aux petites maisons typique de l'île, des maisons avec une cour et des manoirs. Les manoirs les plus représentatifs sont connus par les noms de leurs propriétaires: la Chambre de Papakonstantis (1626), de Kyriakos Koliodos, de Lefteris Makris (1700), de Krikis (1700), de Georgios, de Marietta Markoulitsa (1700), d'Ioannidis, etc... La plus ancienne toujours présente est datée de 1599. Ces maisons sont caractérisées par un haut mur d'enceinte et une entrée voûtée donnant sur la cour. Au fond se trouvait le logis constitué d'une vaste salle scindée par une arcade soutenant le toit. Les décorations des fenêtres font penser aux constructions des Chevaliers.

Avec l'arrivée du néoclassicisme en Grèce à la fin du XIXème s., Lindos, comme la ville de Rhodes, a adopté certains des nouveaux dispositifs architecturaux: grandes fenêtres faisant face à la rue, maisons à deux étages avec pignon...

 

Les églises

L'église de la Panayia est du type cruciforme. En 1489, Pierre Aubusson a donné de l'argent pour la réparation de l'église et la construction d'un vestibule. L'inscription la plus ancienne mentionne la date 1637. Cependant, les peintures dans l'église sont du peintre Gregorios de Symi et datent de 1779. L'église était à l'origine le katholikon d'un monastère.

Agios Georgios Chostos est une église cruciforme munie d’une coupole située à l'extrémité nord-ouest du village. Le sanctuaire est recouvert de cinq couches de fresques appartenant à la période post-iconoclaste (2e moitié du XIIe siècle) et aux périodes post-byzantines.

L'église cruciforme dédiée à Agios Georgios Pachymachiotis ou Pano, est datée 1394/95 (côté sud). Sur le mur au sud de l’église et sur la voûte, des saints en vêtement luxueux ont été peints et une partie de la représentation de l'Ascension dans le chœur.

Agios Menas est une église du même type qu'Agios Georgios Chostos. Elle a été décorée d’intéressantes fresques du style de la fin du XIIème siècle mais datées du XVème.

Agios Demetrios est une petite église située à l'entrée de l'acropole. On peut y voir sur le mur nord une fresque du XVème siècle représentant Agios Demetrios à cheval.

 

Les autres monuments du village

Au centre du village se trouve l'église de la Panagia. De là, de nombreuses ruelles vous permettent d'explorer Lindos. Notons la présence du port pittoresque d'Agios Pavlos et la petite chapelle blanche dédiée à l'apôtre Paul, situés dans la baie d'Agios Pavlos. A l'entrée du village, une petite fontaine avec quelques vestiges de la période des chevaliers. Les roches derrière et au-dessus d'elle rappellent les aqueducs antiques. Le cimetière est également situé à l'entrée du village et abrite l'église de Phaneromeni. Près et sous la place se trouvent les restes du cimetière musulman contenant quelques tombes abîmées. L'école a été déplacée à côté du Megalo Gialo et le vieux bâtiment, près de l'église de la Panagia, construit selon le style néoclassique, est maintenant employé par une société locale pour différents événements culturels.

Le Naiskos de l'Archange Michel se trouve sous la place de village. Il possède une grotte peu profonde avec une représentation post byzantine de l'Archange Michel Psychopompos. Des traces de fresques plus anciennes datent de la période byzantine. À l'ouest d'elle, près des vestiges du cimetière musulman, se trouve une grotte peu profonde contenant la représentation probablement du XVe siècle d'un saint connu comme Ayios Georgios Kammenos.

 

Dans les environs

La région est parsemée de nécropoles antiques.

Le tombeau hellénistique de Kleoboulos (IIème-Ier siècle av. J.-C.) situé sur le petit promontoire d’Agios Aimilianos fermant le port nord, n'a aucun rapport avec le tyran de Lindos mais était le tombeau d'une riche famille. Cette structure circulaire de 9 mètres de diamètre, soigneusement construite en maçonnerie avec un toit et une porte munie d'une corniche décorée de palmettes, possédait un lit taillé dans la pierre. Ce genre de sarcophage possédait un couvercle qui n'a pas survécu. La chambre mortuaire de forme rectangulaire a été transformée en église catholique dédiée à Saint Antoine comme en témoignent les traces de fresques.

Le Bokopion est situé sur la falaise au Nord de l'acropole. Ce petit sanctuaire de l'époque géométrique (Xème - IXème siècle av. J.-C.) était le théâtre de sacrifices de boeufs.

L'Archokrateion situé dans la localité de Kampana à Krana, sur le versant ouest de la colline de l'acropole. Le tombeau creusé dans la roche possède une façade extérieure a deux étages. Les demi-colonnes au rez-de-chaussée soutiennent une architrave avec des métopes et des triglyphes. A l’étage supérieur, les piliers alternent avec des ouvertures sans visibilité. Sur la façade du premier étage des autels funéraires ont été érigés avec les noms des morts inscrits sur leurs bases. En dessous, un passage mène à un endroit utilisé pour les rituels d'enterrement. Un total de 19 tombes sont taillées dans la parois de cette chambre. Sur les murs du hall, les piliers alternent avec des panneaux de plâtre. Son nom moderne de "Frangokklesia" suggère que lors de la période des chevaliers il ait été utilisé en tant qu’église.

Dans la localité de Vigli, au pied de la falaise est de l'acropole, un sol en marbre et mosaïque d'une basilique chrétien du Vème siècle ont été trouvés. On y trouve également le Boukopion, lieu de sacrifices comme l'indique son nom. 38 inscriptions dans la pierre identifient l'endroit. Le temple (Xe-IXe siècle av. J.-C.) constitué d'un pronaos et d'un vestibule, a contenu des offrandes votives (figurines d'argile et de bronze représentant principalement des boeufs) destinés à une déité non encore identifiée.